Visiotime1 (2002)
Par Philippe Hurteau, jeudi 29 décembre 2005 à 23:04 :: Visiotime / forum :: #6 :: rss
Transcription du débat de Visiotime 1
Objet : Pour commencer la conversation Date : mercredi 31 juillet 2002 22:44 De : Philippe hurteau À : Paul Ardenne, corinne Buchon, philippe Cognée , Christophe Le Gac, Philippe hurteau
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Chers amis,
Je lance ces quelques idées à la liste de distribution, qui s’élargira par la suite. Répond qui veut et critique qui veut.
Philippe, je repensais à nos conversations d’Angers. Entièrement d’accord pour prendre un peu les choses en main et faire une expo qui soit une proposition d’artistes. Une proposition que nous voudrions voir s’élargir, prospérer... Comme toi, je crois que c’est aux artistes de proposer des contenus, de prendre position, de se définir un territoire, d’inventer des stratégies. Certes, ces mots appartiennent au vocabulaire de la communication, et le titre de notre expo , Visiotime, sonne évidemment très « com », avec un petit coté jargon technoïde. Mais il ne peut s’agir de « com » puisqu’au fond nous n’avons aucun message à communiquer ! Nous n’avons que des désirs, des intuitions et des tentatives artistiques. Je pense à cette publicité d’Adidas où l’on voyait les joueurs de l’équipe de France portant deux étoiles, comme s’ils avaient déjà gagné une seconde coupe du monde. Après la déroute de l’équipe, les gens d’Adidas ont expliqué qu’il sagissait seulement d’imaginer l’espoir de vaincre. Mais c’était juste un mensonge : la peau de l’ours était vendue pour mieux vendre la marque. La communication se situe d’emblée dans le domaine de l’imaginaire et du sens à partir d’un réel qu’elle trahit. J’ai l’impression que nous devons faire un chemin exactement inverse. Nous ne produirons pas de sens, ce qui en soit est une petite subversion, à mon avis. Et c’est déjà une position et un territoire (très différent d’ailleurs du territoire consensuel et socialisé d’une certaine « abstraction »). C’est pour cela que notre titre est très bien : il est nimbé d’imaginaire mais ne veut rien dire de précis, bien qu’il mentionne quand même les questions qui nous intéressent : celle du temps, celle du regard., et donc de la contemporaneité du regard. Et d’un certain rapport à l’image mécanique (genre visiopass…). Ce qui sera précis, c’est l’exposition à voir.
Nous sommes les deux artistes embryonnaires du projet et nous faisons de la peinture tous les deux. Tu travailles le brouillage des images depuis longtemps, moi je réflèchis au cryptage. Brouillage et cryptage sont les deux mamelles de Visiotime. Il nous faut éclaircir ce rapport conflictuel à la définition photographique : que signifie vouloir partir d’une photographie (d’un indice du réel) et l’emmener dans l’in-définition, l’imperfection, avec l’idée que cette image imparfaite en dit plus que son modèle ? Je crois que Visiotime comporte l’intuition d’une sorte d ‘épuisement très actuel d’un certain art photographique ou vidéo, et les artistes non-peintres que nous inviteront ensuite auront aussi ce sentiment, même s’ils utilisent la photographie ou la vidéo. La peinture est pertinente aujourd’hui non pas contre la photo, mais dans la crise d’une certaine photographie et sa prétention idiote à être un document sans art sur le réel.
De même la fixité de l’image. En tant que peintre, je la vois comme un combat, une position à défendre en tentant d’intégrer dans l’image fixe les temporalités multiples de l’image mobile. D’un certain point de vue la mobilité comprise comme un progrès sur la fixité est une vraie connerie (toujours le darwinisme des pseudo avant-gardes). Ce qui n’empêche pas d’aimer le cinéma (beaucoup) !
La peinture nous donne donc des repères à respecter ou à contester : la fixité, le refus d’un message, la mise en crise de certains visuels, la dé-contextualisation de l’œuvre, son autonomie, qui la préserve de la commande sociale et politique. C’est cela qui est étonnant, après toute son histoire, que la peinture puisse donner des modèles pertinents pour l’art en général (rien à voir avec la « picturalité »). Bref, que la peinture soit d’avant-garde (ce que je pense, sans rire).
A la condition expresse qu’elle parle du présent, qu’elle soit un document pictural sur l’actuel, sans quoi il est à craindre qu’elle n’ait aucune importance.
En sortant de l’exposition « cher peintre… » à Beaubourg, je me suis demandé pourquoi le coté dada, un peu provoc. (mais la majorité des fonctionnaires de la culture sont des neo-dada convaincus ) impliquait de montrer des peintres dont la peinture est volontairement anachronique. Tuymans, Currin, Brown... proposent une peinture vidée de toute référence au présent . Ce n’est pas vrai de Katz qui déclare dans le catalogue : « (…) Mais la photographie se conjugue toujours au passé : la peinture au contraire se conjugue au présent, même pour les vieux tableaux ». J’adore cette phrase caricaturale. Elle me fait penser aux « vieux tableaux» de Vermeer, avec toute l’anecdote des costumes, et l’éternité infinie qu’ils contiennent bien que ces tableaux dépeignent un actuel révolu, un instant, qui fut réel. J’ai l’impression qu’il faut accepter intégralement les anecdotes du présent pour pouvoir en sortir. Et les images mécaniques me semblent un très bon matériau pour ça.
J’aimerais demander à Paul ce qu’il pense de cette idée d’une exposition « in progress », conçue comme la recherche de la définition D’un regard « actuel », et qui partirait d’idées liées à la peinture, même si c’est pour les jeter, et parmi elles l’approche picturale de la temporalité ?
Bien à vous, à bientôt,
PHH
Commentaires
1. Le jeudi 29 décembre 2005 à 23:13, par Paul Ardenne
2. Le jeudi 29 décembre 2005 à 23:13, par Philippe Hurteau
3. Le jeudi 29 décembre 2005 à 23:14, par Paul Ardenne
4. Le jeudi 29 décembre 2005 à 23:15, par Philippe Cognée
5. Le mercredi 8 février 2006 à 00:42, par Stéphanie Katz
6. Le mercredi 8 février 2006 à 01:08, par Philippe Hurteau
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