Pourquoi des peintures de poubelles, de banlieues, d'images télé, de photos de famille, de dessins animés, de feuilletons? Sommes-nous dans le pittoresque, l'anecdote, le daté? Dans l'anti-sublime? Ce qui rattache mes questions à l'opposition que fait Ardenne entre vous (bientôt nous) et la pure peinture post-monochrome (P.Ardenne dit autonomiste). Ph. Hurteau répond que ce qui reste des élans spiritualistes abstraits c'est le décoratif, le bon goût convenable et arrangeant, bref l'académique. Pour ma part je suis un pur produit éclectique et j'aime tout pourvu que ce soit bon, mais puisque cette exposition nous propose une règle de jeu où sont conviés ceux qui (dé)peignent le monde contemporain, avec pour premier exercice définir ce que cela veut dire, je vais essayer de vous écrire le tohu-bohu de mes motifs … En vrac : - relation de la peinture et du monde contemporain : j'ai plutôt envie d'appeler ça avec le réel mais lequel? - pourquoi nos peintures flirtent- elles avec les images? - de quoi rendons-nous compte? - de formes nouvelles (cadrage et colorisation)? - d'un certain enfermement (ce sont des images que nous ramenons à l'atelier, ce ne sont pas des croquis sur nature) - d'un autre Beau? - d'un conflit avec la virtualisation du monde (bof elle est moche mon expression)? - d'une "cinématographie intérieure"? - que racontons-nous ou plutôt que dépeignons-nous de nous?

En tout cas j'aime: - l'idée de pollution ; ça me fait penser aux ferments qui rendent vivant et font travailler une matière

Car quand on peint – « on » c'est-à-dire les visiotimeux, qui ne sommes pas un groupe mais juste les acteurs d'une partie numéro 2 - on est en compagnie de matières diverses à étaler plus ou moins proprement sur une surface; ça change tout de suite l'allure de nos sujets glanés dans la fangeuse marée d'images ; de fugitives, bavardes, vulgaires, stéréotypées, pornographiques, captivantes, elles se transforment en...tableaux qui sentent un peu l'huile (ou la cire) et la transpiration artisanale. Et, un jour peut-être, des gens les accrocheront au-dessus de leur canapé, non comme une vanité (voici ce qu'est notre triste monde) mais comme un beau truc (j'évite le mot objet). Je vous assure que c'est ce que je me souhaite de mieux. Car contrairement à l'image qui nous fait vivre dans un état de désir inassouvi, la peinture est un passage à l'acte, et pardonnez-moi mon vocabulaire, une vrai jouissance. C'est pourquoi tout discours sur la peinture comme pratique souffreteuse, complexée, réalisée malgré ci et malgré ça, me fiche dans une colère noire. Quant au canapé je le vois comme la moins pire des places possibles si je le compare à un guichet, un autel ou à un coffre-fort.

Les images qui défilent sur nos écrans nous accompagnent comme autrefois les animaux de la ferme; on les connaît, on les nourrit, on les aime bien et finalement on les bouffe. Certaines sont stupides (les poules aussi dit-on) d'autres très intéressantes (les cochons sont presque humains ai-je entendu).

Restent quelques questions, voire quelques devoirs à accomplir. Peindre le monde contemporain pour appartenir au monde contemporain et à la création contemporaine - puisque l'avant-garde n'est plus, puisque toute projection hors de ce temps est impossible- ? Comme les futuristes, les pop artistes,les hyperréalistes? Et après? Et si l’aspect bricolo-artisanal du peintre d’atelier quadragénaire du début du XXIè siècle, se rattachait non pas à la résistance ou au culte du héros, mais tout simplement à tous ces bricolages quotidiens de notre vie « moderne » ? Comment on « bricole » notre vie amoureuse ou familiale, nos rituels funéraires, notre image tout court, et j’en passe?