Détail (2004) : Un carrelage de cuisine, une image puisée dans le vivier des grands tirages de la presse masculine. Le sujet est retaillé, recadré. Une esthétique du reflet et de la composition. On a ici un petit retour des années Robbe-Grillet, quand le chef suprême du nouveau roman dessinait le totalitarisme esthétique des années 70 : formalisme, domination du lisse et du plat, arôme des clichés, organisation stéréotypée du psychisme. Est-ce qu’on touche là à quelque chose qui ressemblerait à la Nouvelle Peinture ? (comme on dit Nouveau roman ?) Ce qui m’intéresse, c’est le cadre. Je prépare un projet (CNAC) sur le tuning du tableau par le rajout d’hyper-cadres, qui devrait se matérialiser au Japon. Au pays des finances dédiées à la démocratisation des valeurs plastiques, je vais « checker » le design consumériste, le tuning industriel des grands magasins, d’une puissance calibrée séduction innovante et racée. C’est de là que vient la fourrure de Détail, l’enveloppe en faux léopard : l’idée d’une attention qui se déporte sur l’habillage. Le tuning est ce jeu esthétique où l’œil gravite dans un champ de forces sensorielles. Les hyper-cadres en fourrure, marbre, paillettes, ou tout ce que vous voudrez de reluisant et nacré, enjambent la notion de produit, malgré l’écho marketing. Ce n’est plus la structure comme force cachée sous-jacente, en retrait vis-à-vis de la surface, mais la structure comme décoration active et comme parasite essentiel à la carnation finale du tableau.